Appel à candidatures pour trois bourses de recherche

Pavillon des innovations - Premières Assises Africaines de la démocratie à Praïa en Juin 2024.

Date limite de candidature :
25 Août 2025


Localisation:

Strasbourg

 

 

« Démocratie, territoires et participation politique des jeunes »

Thème : Mobilisation des diasporas et démocratie à l’épreuve des présidentielles africaines de 2025-2026

(Cameroun, Côte d’Ivoire, Bénin)

Le Laboratoire Nord – Portes de l’Europe de la Fondation de l’innovation pour la démocratie recrute trois jeunes chercheuses/chercheurs capables de mener trois enquêtes distinctes sur la mobilisation des diasporas a l’occasion des élections présidentielles au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Bénin. La durée de chacune des trois enquêtes est de trois mois. Le montant forfaitaire des honoraires pour chacune des études est de 2,500 euros (tous frais compris).

1. Contexte et intérêt

Il est difficile d’ignorer le recul, à peu près partout, de la démocratie et la montée en puissance, à travers le monde, de discours polarisants. À ceci s’ajoute la méfiance grandissante des citoyens non seulement envers leurs dirigeants, mais aussi envers les institutions nationales. Cette crise de légitimité a aussi une dimension internationale si l’on en juge par les multiples impasses dans lesquelles se trouvent les institutions multilatérales. Elle affecte en particulier, à des degrés divers, les relations entre le Nord, les puissances émergentes et le Sud global. En Afrique en particulier, cette crise est accentuée par de nombreux facteurs. Ainsi en est-il du retour des régimes militaires, de la consolidation de dictatures civiles reposant sur une économie d’extraction, ou des restrictions a la liberté de s’organiser, des atteintes graves aux droits et libertés fondamentaux, des fraudes massives lors des élections et du recours a la force pour mâter les résistances.

Face a l’absence d’alternance politique, aux atteintes aux libertés publiques et a la destruction de l’espace civique démocratique, des mouvements, associations et collectifs s’organisent au sein de la diaspora africaine en Europe. Parfois en convergence avec des institutions et acteurs/actrices des sociétés civiles européennes, ils manifestent leur volonté de faire vivre la démocratie sur le continent. Cette mobilisation prend surtout corps lors des grands moments électoraux. C’est le cas des élections présidentielles.

Les différentes formes que prend cette mobilisation sont profondément enracinées dans les pratiques sociales et culturelles et les réseaux communautaires. Elles sont peu connues, et l’on dispose de peu de connaissances sur leur impact sur le terrain. C’est pour les identifier, lesdocumenter et les cartographier que le Laboratoire Nord – Portes de l’Europe de la Fondation de l’innovation pour la démocratie lance un appel à candidature en vue de trois études distinctes sur le thème : Mobilisation des diasporas et démocratie à l’épreuve des élections présidentielles (2025-2026) au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Bénin.

📅 L’étude débutera des la signature du contrat et devra être remise dans son intégralité au plus tard un mois après les élections, accompagnée de tous les livrables.

2. Problématique

La démocratie ne se résume pas aux élections. Mais depuis l’avènement du multipartisme, celles-ci constituent un moment-clé de la vie nationale et des luttes politiques en Afrique. C’est notamment le cas des élections présidentielles. Celles-ci servent de révélateur des dynamiques souterraines. Elles donnent lieu a des mobilisations multiformes et suscitent de nombreux débats qui sont souvent le reflet des grands conflits et divisions qui traversent les sociétés considérées.

A la faveur des élections présidentielles, les citoyens prennent ouvertement parti pour les candidats de leurs choix. Les élections permettent par ailleurs de jeter un regard neuf sur la santé des institutions publiques, leur légitimité et leur efficacité, ainsi que sur les règles de fonctionnement de l’Etat. Sont mis a nu: les lois qui encadrent leur déroulement, l’indépendance ou non des commissions électorales, la nature du code électoral, la manière dont sont traitées les disputes et les conflits qu’elles entrainent etc… A travers le prisme des élections, il est aussi possible de mesurer les niveaux d’exposition des sociétés aux risques de violence. Quels sont les acteurs et les typologies de mobilisation qui se déploient au sein des diasporas du Cameroun, de la Cote d’Ivoire et du Benin d’Europe dans le contexte des élections présidentielles prévues en 2025 et 2026? En quoi ces dynamiques contribuent-elles, ou non, à faire vivre une démocratie substantive dans chacun de ces pays ?

3. Objectifs de l’appel à candidature

Il s’agit de mener trois études de terrain distinctes (une sur les diasporas camerounaises, une sur les diasporas ivoiriennes et une sur les diasporas béninoises). Ces études de terrain consistent a:

1. Identifier, répertorier et cartographier les formes de mobilisation des diasporas sus- citées, en lien avec les présidentielles de 2025-2026 dans leurs pays respectifs d’origine.
2. Documenter les logiques, recueillir les récits et décrire en detail les modes d’action mis en œuvre : inscriptions sur les listes électorales, manifestations diverses, plaidoyers, campagnes médiatiques, soutien à des candidats, actions juridiques, financement politique, etc.
3. Analyser les forces, les limites et les clivages de ces mobilisations (internes aux diasporas ou en interaction avec les acteurs politiques nationaux).
4. Identifier les acteurs de la société civile européenne (individus, ONG, collectifs, associations, médias) qui s’engagent dans une dynamique de solidarité internationale en lien avec les elections et la démocratie dans les pays retenus.
5. Formuler des recommandations concrètes sur les besoins, les points d’appui possibles, les manques à combler et les stratégies de soutien que le Labo Nord pourraitenvisager à court ou moyen terme.
4. Méthode de recherche L’étude devra reposer sur des enquêtes de terrain et sur une méthodologie qualitative rigoureuse, incluant :

– Une cartographie exploratoire des acteurs mobilisés ;
– Des entretiens semi-directifs avec les représentant·e·s d’organisations diasporiques, des personnalités publiques, des activistes, etc. ;
– Une analyse des récits produits dans les médias numériques, les campagnes de communication, les communiqués ou les événements publics ;
– Une observation participante ou à distance de certains espaces de mobilisation ;
– Une analyse critique des ressources mobilisées (matérielles, financières, symboliques, relationnelles, médiatiques, etc.).

📋 Un questionnaire indicatif pourra être utilisé (voir la liste de sous-questions intégrées en

annexe).

5. Résultats attendus / Apport à la Fondation

Ce travail de cartographie permettra :

– D’enrichir la base de connaissances dont dispose la Fondation sur les mobilisations diasporiques en lien notamment avec les processus électoraux ;
– D’identifier les espaces d’intervention prioritaires pour renforcer les capacités des diasporas à peser sur les dynamiques démocratiques de leur pays d’origine ;
– De nourrir la stratégie du Labo Nord en matière d’articulation des diasporas africaines, des sociétés civiles européennes et autres partenaires institutionnels autour d’un objectif commun : faire vivre une démocratie substantive sur le continent.

Le ou la candidate devra intégrer dans son rapport :

– Une synthèse analytique structurée ;
– Des annexes illustrées (photos, extraits d’entretiens, documents de terrain, statistiques, visuels numériques, etc.) ;
– Une proposition de restitution vulgarisée : présentation, capsule vidéo, article de synthèse ou podcast.

6. Calendrier

Le calendrier variera en fonction des dates des différentes élections.

Étape et Date

Diffusion de l’appel à contribution auprès des réseaux de la Fondation, 10 août 2025

Date limite de réception des propositions : 25 août 2025

Sélection des dossiers retenus : 30 août 2025

Démarrage des études : 1 Septembre 2025

Remise des livrables finaux : 30 n o v e m b r e 2025 

Montant de la commande de recherche, 2500 euros

7. Conditions pour candidater

Profil attendu :

– Niveau postdoctorant ou, au minimum, Master 2 en sciences sociales, science politique, études africaines, relations internationales ou disciplines connexes ;
– Expérience de recherche qualitative de terrain ;
– Une publication scientifique (article, rapport ou ouvrage) est un atout ;
Bonne connaissance des pays retenus (Cameroun, Cote d’Ivoire, Benin) et des dynamiques diasporiques en Europe;
– Etre basé en France.

Critère privilégié :

Les candidatures féminines sont vivement recommandées. Toutes candidatures proposées seront minutieusement étudiées en cohérence avec le champ d’action du Labo Nord.

Pièces à fournir :

– Une proposition d’étude de 2 pages maximum (Times New Roman, taille 11) ;
– Un CV actualisé;
– Une lettre de recommandation par votre superviseur ou directeur

Pour envoyer la candidature : https://shorturl.at/5Qoea

Annexe – Liste des sous-questions de recherche

Cadre indicatif d’analyse : sous-questions de recherche 

Les questions ci-dessous constituent une trame indicative destinée à orienter le travail de

terrain et d’analyse du ou de la candidat·e sélectionné·e. Cette liste est non exhaustive et

pourra être adaptée en fonction des réalités du terrain, des profils rencontrés, ou des

dynamiques spécifiques observées dans les contextes nationaux et diasporiques.

Elle vise à fournir un cadre de travail structurant, reflétant le niveau de détail et de profondeur analytique attendu dans le cadre de cette étude. Les chercheur·e·s sont encouragé·e·s à faire preuve de souplesse méthodologique, tout en veillant à couvrir l’ensemble des axes critiques de la problématique : acteurs, formes d’engagement, logiques d’action, ressources mobilisées, contraintes rencontrées, et marges de transformation.

Axe 1 – Cartographie des acteurs et des formes de mobilisation

– Qui sont les acteurs clés de la diaspora mobilisée autour de l’échéance présidentielle ?
– Quelles sont leurs formes d’organisation (associations, collectifs militants, partis en exil, groupes religieux, diasporas numériques, personnalités influentes) ?
– Quelle est la nature des mobilisations : soutien à un candidat, dénonciation du régime, appels à la démocratie, actions de veille citoyenne, actions symboliques ou culturelles ?
– Quelles plateformes (numériques, médiatiques, institutionnelles) et quels espaces (physiques ou virtuels) sont investis ?
– Analyser le contenu (données, informations etc..) diffusé sur ces plateformes.
– Quelle est l’évolution de ces mobilisations sur les cinq à dix dernières années ? Peut-on identifier des cycles ou des ruptures ?

Axe 2 – Logiques, récits et motivations

– Quelles sont les raisons qui poussent les membres de la diaspora à s’impliquer dans les processus électoraux du pays d’origine ?
– Les mobilisations sont-elles portées par des revendications démocratiques globales ou par des intérêts ciblés (ethno-régionaux, économiques, clientélistes) ?
– Quels récits circulent autour de la présidentielle à venir ? Quels espoirs, quelles colères, quels imaginaires politiques sont activés ?
– Comment les mobilisations se positionnent-elles face au régime en place et aux figures de l’opposition ?
– Observe-t-on des tensions entre différentes visions de l’engagement diasporique (réformiste, révolutionnaire, loyaliste, pragmatique) ?
– Décrire la participation spécifique des femmes dans ces mobilisations. Quel role jouent-elles?

Axe 3 – Capacités d’action, ressources et réseaux

– Quelles ressources sont mobilisées pour soutenir ces engagements (financements, compétences, réseaux, temps bénévole, capital symbolique) ?
– Existe-t-il des collectes de fonds, campagnes de dons ou transferts financiers organisés en lien avec la présidentielle ? Comment sont-elles organisées?
– Par quelles voies s’effectue l’acheminement des fonds et leur contrôle?
– Quels types de savoirs ou d’expertises sont produits ou circulent dans ces mobilisations (juridiques, stratégiques, communicationnels) ?
– Quelles alliances ou réseaux transnationaux sont activés (diasporas africaines, société civile européenne, journalistes, universitaires, partis étrangers) ?
– Comment se structurent les liens entre les diasporas et les acteurs politiques sur le terrain ?

Axe 4 – Portée, effets et retours

– Quelle est la portée concrète ou symbolique de ces mobilisations ?
– Sont-elles relayées dans les médias locaux ou internationaux ?
– Ont-elles un impact sur les débats politiques, les stratégies des candidats ou la vigilance citoyenne dans les pays d’origine ?
– Observe-t-on des réactions (positives ou négatives) du pouvoir ou des partis en place vis-à- vis de ces mobilisations diasporiques ?
– Quels sont les retours perçus ou attendus par les acteurs mobilisés : influence sur les résultats, reconnaissance politique, transformation des pratiques ?

Axe 5 – Contraintes, conflits et points aveugles

– Quels sont les obstacles à l’engagement des diasporas (répression, peur, divisions internes, manque de moyens, dispersion géographique, absence de cadre légal) ?
– Quelles fractures traversent la diaspora étudiée : politiques, générationnelles, genrées, linguistiques, régionales ?
– Certaines voix ou groupes sont-ils marginalisés ou exclus de la mobilisation (femmes, jeunes,anglophones, personnes sans statut) ?
– Quels sont les risques liés à l’engagement : surveillance, menaces, instrumentalisation ?
– Les mobilisations diasporiques contribuent-elles parfois à reproduire des logiques clientélistes ou autoritaires, même à distance ?

Axe 6 – Besoins, recommandations et rôle du Labo Nord

– Quels sont les besoins exprimés par les acteurs diasporiques : formations, outils de plaidoyer, ressources logistiques, protection, soutien psychologique, valorisation médiatique ?
– Quelles sont les attentes vis-à-vis d’acteurs tiers comme le Labo Nord ou d’autres structures diasporiques ou européennes ?
– Comment renforcer la capacité des diasporas à s’organiser de manière stratégique, inclusive et démocratique ?
– Quelles recommandations peut-on formuler pour structurer davantage ces mobilisations dans une perspective de démocratie substantive ?
– Quels espaces de coopération ou de co-construction pourraient être initiés entre le Labo Nord et les collectifs diasporiques ?